Par Patrick
L'éco-musée d'Alsace est situé entre Mulhouse et Colmar, plus exactement à Ungersheim.
L' intérêt essentiel de ce musée est que nous avons là un musée vivant. C'est la reconstitution d'un village alsacien avec d'authentiques maisons anciennes, démontées et remontées dans l'enceinte du musée ; ainsi on remonte le temps, et nous visitons l'intérieur d'une ferme du début du siècle dernier.
Musée vivant aussi, dans le sens où il vit : le potier exerce encore son métier et nous découvrons divers moules à Kouglof et terrines à Baeckeof. Le sellier continue à réparer des sièges et à travailler le cuir pour faire les harnais des chevaux. Le charron construit des roues, le tonnelier fabrique encore des tonneaux et seaux en bois et le forgeron forge réellement, le cerclage des roues et des tonneaux. Même le charbonnier fabrique encore du charbon de bois.
Evidemment les animaux sont là, cochons, chevaux, ânes, oies, vaches, chèvres et même les cigognes!
Remarquable également le conservatoire des espèces, avec un verger comprenant des dizaines d'espèces de pommiers anciens, menacées de disparition et aux fruits, tous, plus succulents les unes que les autres.
Il y a aussi l'ancienne gare, l'échope du cordonnier et surprise un "carrousel salon" du début des années 1900.
En parfait état, il tourne encore et vous pouvez faire un tour sur les chevaux de bois ! Ce carrousel servait à faire la fête, et, à l'époque il était interdit aux enfants. On s'imagine aussi l'émerveillement des gens, qui sortant de leur maison éclairée , au mieux, à la lampe à pétrole, pour se retrouver dans ce salon éclairé par des centaines de lumières électriques !
Malheureusement aujourd'hui cet éco-musée traverse une passe difficile, des subventions lui manquent et la partie "vivante" du musée risque disparaître, ce serait vraiment dommage.
La Disparition : est paru pour la première fois en 1969 chez Denoël. Il est difficile d'écrire quelque chose sur ce livre impressionnant, troublant, captivant à plus d'un titre. Après sa lecture, on reste là, avec devant soi un vide, un grand blanc qui est d'ailleurs la thématique du roman, l'absence et la douleur qu'elle engendre, et plus que l'absence la Disparition. Mais qu'est ce qui a disparu ? On ne sait pas, c'est un blanc qui reste là, qui remplit l'espace, peut être un signe, un signe cabalistique ou une forme, un rond pas tout à fait fini, pas tout à fait fermé, avec un trait horizontal...
Vertigineux ce roman par son rapport entre le contenant et le contenu, le style et le fond.
Anton Voyl,l'un des héros insomniaque disparait, on part à sa recherche et on découvre un clan marqué par le destin et marqué d'un signe sur l'avant bras, on ne sait pas quoi, un "zahir", une sorte de trace blanche, presque effacée, presque disparue, une forme comme un rond pas tout à fait fini avec un trait horizontal...
Et quand quelqu'un arrive presque au but, découvre qui a disparu, il meurt tragiquement et disparait à son tour.
Dévoilerons-nous le sujet ?
Oui, le rapport entre le contenant - l'histoire d'un clan maudit dont les membres disparaissent tour à tour - et le contenu - c'est à dire le style de Georges Perec- nous dévoile le sujet et l'objet: le E a disparu.
Disparu vraiment, pour de vrai,véritable exercice de style, véritable et extravagante prouesse lexicographique de Georges Perec, nous avons à faire à un roman lipogrammatique en e. Pas un seul mot, dans les quelques trois cent pages, avec un e!
Des contorsions inimaginables pour arriver à ce résultat, certes quelques locutions latines, quelques expressions anglaises et quelques raccourcis comme "un laps" (de temps a disparu) ou encore dans mon "for"(intérieur a disparu) n'enlèvent rien à la prouesse stylistique.
Georges Perec est un grand amateur d'exercices de style, outre le roman lipogrammatique (absence d'une voyelle), il a également écrit un roman qui est aussi dans son genre lipogrammatique puisqu'il s'agit,cette fois, d' un "monovocalisme" en e. (La seule voyelle utilisée dans tout ce roman est le e, aucun a, i, o ou u): "Les revenentes".
Et à propos de "VOYELLES" absentes, la première personne qui apparait dans "La Disparition" c'est:... Anton VOYL (ajouter les e)!
Enfin disons encore que Georges Perec est aussi l'auteur du plus grand palindromme existant (pas moins de 1247 mots)!
(un palindromme de lettres est un texte dont l'ordre des lettres reste le même qu'on le lise de gauche à droite ou de droite à gauche, exemple connu "Esope reste ici et se repose" ou encore "a man, a plan, a canal : Panama).
Le Grand Palindrome (cliquer)
Encore un mot pour finir, si vous avez envie de lire La Disparition, ne cherchez pas le chapitre 5, lui aussi......a disparu !